Devant l'insistance de certaines, je continue à raconter...

Mercredi 27 mars, 8h

Coup de téléphone dans la chambre :
- « Bonjour, je suis Mathieu, élève sage-femme, c’est moi qui vais vous suivre jusqu’à la fin de votre accouchement. Vous pouvez venir ? On va faire un petit contrôle. »
Rodolphe et moi on se regarde avec des yeux de merlan frit… on ne s’y attendait pas trop et ça nous fait rire, on ne peut pas dire sage-homme ?

Le sage-homme s’avère être un très gentil petit monsieur (d’ailleurs on va l’appeler comme ça jusqu’à la fin de l’accouchement : le petit monsieur) très calme, très zen, très doux… un pur bonheur. Par contre il est supervisé par une sage-femme qui fait un peu lieutenant de l’armée, dommage. Aujourd’hui il est inspecté par… euh… une inspectrice des élèves sage-homme :-) Donc il me demande mon autorisation pour que l’inspectrice assiste elle aussi à l’accouchement. Moi qui ne voulait pas trop de monde autour de nous au moment de l’accouchement, je vais être servie ! Mais bon… il est tellement sympathique que j’accepte sans broncher. (Et puis je sais ce que c’est d’être inspecté, c’est pas drôle du tout, donc je compatis !)

Il me propose d’aller faire le monitoring dans un bain chaud dans la salle d’accouchement flambant neuve et suréquipée qui est actuellement libre… ça me permettra peut être de me détendre un peu et de relancer le travail, je retournerai dans ma chambre après. Je ne me fais pas prier et je vais m’installer dans la spacieuse baignoire de luxe. Je m’assois, je me détends. Il faut que je reste assise un p’tit moment, le temps que le petit monsieur aie un p’tit bout de courbe potable pour son inspection (parce que quand je bouge, tout se barre dans la baignoire et il a un grand trou dans sa courbe). Au bout d’un moment j’en ai marre, je lui dis, donc il me dit que tant pis, c’est bon, je peux faire ce que je veux, tant pis si ça bouge ou si ça tombe. Chouette ! Et comme l’eau ça porte, je peux ENFIN me mettre accroupie. Je passe une contraction comme ça, ça fait un peu plus mal, mais je sens que c’est ce qu’il faut pour que ça avance. Deuxième contraction accroupie : je sens et j’ENTEND comme un ballon de baudruche qui éclate dans mon ventre, un liquide un peu trouble se répand dans la baignoire, j’ai super mal, je crie comme j’ai jamais crié, Rodolphe a mal pour moi.

- Moi : « Je crois que j’ai perdu les eaux »
- Rodolphe, après un coup d’œil dans la baignoire : « Euh, oui, je crois aussi :-) »
- Moi (J’ai toujours les bandes élastiques et les zinzins du monitoring autour du ventre) : « Enlève moi tous les zinzins, je supporte plus ! »
- Rodolphe : « Attends, je vais chercher quelqu’un »
- Moi : « NON !!! ENLEVE MOI D’ABORD TOUT CE BAZAR !!!! »
- Rodolphe : « Je reviens ! »
Je l’entends crier à la première personne venue dans le couloir que j’ai perdu les eaux, il revient et m’arrache tout ce que j’avais autour du ventre (Mon sauveur !)

Et là tout va super super vite : mon col est ouvert à 10cm (enfin !) j’ai perdu les eaux, je ne peux pas rester dans la baignoire, risques d’infection pour le bébé. Le problème c’est que je la crevette n’était pas censée amorcer sa sortie dans la baignoire, normalement je devais avoir largement le temps de sortir. Donc le niveau d’eau de la baignoire est plus haut que le bas de la p’tite porte de sortie de la baignoire. Il faut donc attendre qu’elle se vide pour que je puisse sortir (ou enjamber la baignoire mais ça, c’est pas possible pour moi à ce moment là !). Une autre contraction arrive : j’hurle de plus belle. Autant jusqu’à maintenant je n’avais pas du tout souffert, autant là je me dis que je n’ai jamais eu aussi mal de ma vie. Grand moment de solitude : trop tard pour demander la péridurale… et en plus on est train de m’expliquer qu’il faut que j’aille jusqu’à la table d’accouchement qui se trouve à au moins 3m de là (ça me parait infiniment loin sur le moment). Là je me remet en tête tout ce que j’ai lu avant l’accouchement : aller chercher le second souffle, comme les marathoniens - les contractions ne sont pas forcement de plus en plus douloureuses, parfois ce sont les premières les pires, le temps qu’on les apprivoise… j’entend Rodolphe me dire « Aller, il faut que tu sois courageuse, comme une princesse ! » Alors c’est parti pour le grand périple de la princesse jusqu’à son trône d’accouchement. Je crie à mes humbles serviteurs : « Aidez moi ! » Et me voilà partie, Rodolphe d’un côté, le p’tit monsieur de l’autre, on avance à 2 à l’heure… drôle de cortège. A chaque contraction on s’arrête, j’hurle à plein poumons, je me dis que j’ai jamais eu aussi mal de ma vie mais bizarrement maintenant je m’en fous, en fait ça fait même pas mal, et je me redis que je m’attendais à 1000 fois pire (je sais c’est illogique mais c’est comme ça) On arrive ENFIN sur la table d’accouchement.

Je n’ai pas peur, je ne veux absolument pas de péridurale (de toutes façons c’est bien trop tard), je supporte très bien la douleur (est-ce vraiment de la douleur ?). L’anesthésiste passe, je n’ai même pas le temps de le voir, il repart aussitôt : il a vite compris qu’il n’avait rien à faire là. A ce moment précis je suis à 4 pattes sur la table d’accouchement. J’entends juste le lieutenant-sage-femme dire :

« Non, on accouche à l’ancienne ici ! »