19 juin 2010

Leni : « Le 21 juin, c’est après demain. »
Rodolphe : « Là je crois qu’il va falloir t’y faire. Tu n’accoucheras pas le 21 juin. Tu n’as plus aucunes contractions et c’est dans moins de 2 jours… ça sera pour plus tard. »
Leni, déçue : « Pffff… oui… sans doute… »

20 juin 2010

3h du matin : Je me réveille, contraction… pas douloureuse… d’ailleurs, est-ce vraiment une contraction ? Je me rendors.

5h du matin : Je me réveille. Contractions, pas douloureuses, de la gnognotte… c’est pas ça qui va me faire accoucher le 21 juin… Je me lève, (contraction), je vais aux toilettes, oh tiens tiens je saigne un tout petit peu… bizarre… pas grave…(contraction),  je m’installe au salon. Je fais un peu de bruit, (contraction), Charlie se réveille. (Oh flute !) Je vais le voir, (contraction). Il veut se lever et manger des gâteaux. Saperlipopette…manger des gâteaux à 5h du matin… ok. Pourquoi pas.

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Mais j’ai la flemme de le recoucher après (Aller faire pipi, lire un livre tout ça tout ça…) alors j’appelle Rodolphe. Je vais aller manger des gâteaux avec Charlie le temps qu’il émerge et après je lui refourgue l’affaire, (contraction).

Nous voilà partis à la cuisine. Arrivés à la porte de la cuisine, contraction douloureuse. Je m’arrête, (pas le choix, je peux plus avancer) je dis à Charlie d’attendre un peu pour ses gâteaux, que j’ai mal mais que ça va très vite passer. Un peu inquiet tout de même, il traverse l’appartement en courant, va dans notre chambre, glisse ses petites mains sous son papa en disant « Lève ! Lève ! ». Est-ce lui qui a compris le premier que quelque chose d’important aller se passer ?

J’attrape les gâteaux, les emmène au salon et m’installe dans le hamac histoire d’attendre que ces fichues contractions cessent avant de retourner me coucher. (contraction). Euh… en fait je suis pas bien du tout dans ce hamac. Je me relève… Charlie et Rodolphe eux, partent en direction de la chambre de Charlie pour se recoucher, un livre sous le bras. On se rencontre dans le couloir, à côté des panières à linge sale auxquelles je m’accroche. (contraction).

Moi, dans ma tête : «Ouïe quand même ça fait mal, ça fait pas comme d’habitude, au secours, qu’est-ce qu’il se passe, je me sens pas bien, j’ai peur ! »
Moi, à Rodolphe : « Je me sens vraiment pas bien »
Rodolphe : « Ben va t’allonger, je vais lire un livre avec Charlie »
Ah bon, ben ok alors, je vais m’allonger dans le lit… (contraction) (contraction) (contraction) « Rodolphe ! J’ai mal ! » (contraction) (contraction) (contraction) J’entends Charlie et Rodolphe qui lisent "Ça n’existe pas !" de Matthieu Maudet (Qui a d’ailleurs un très chouette blog)

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Rodolphe : «Un dromadaire hélicoptère… ça n’existe pas ! Une poule qui joue aux boules… ça n’existe pas ! »
Moi, Leni, dans ma tête : « Une Leni qui accouche dans son lit… ça existe ! Raboule ta fraise ! Viiite ! »

Sous l’effet des contractions de plus en plus insistantes, j’ai dû crier. Rodolphe a fini par arriver, avec Charlie. Charlie veut me faire un bisous pour me réconforter, grosse contraction, je ne suis pas trop dispo pour le bisous, Charlie est troublé, il ne sait pas trop quoi faire. La contraction passée je lui explique vite fait que ce n’est pas grave, que le bébé va sortir, que ça fait mal mais que tout va bien se passer… Puis j’ai dû commencer à crier vraiment plus fort… je crois… parce que Charlie, lui, a commencé à pleurer.

Je dis à Rodolphe d’appeler ma maman pour qu’elle s’occupe de Charlie (ça c’était prévu depuis longtemps). Rodolphe attrape le premier téléphone qu’il trouve : mon portable. Il appelle sur le portable de ma mère, qui ne répond pas. Ne trouve pas le numéro de téléphone fixe… je réussis à lui balancer les 10 chiffres dans un souffle. Mamie crevette va arriver. Charlie pleure, il a peur, je crie, il voit que j’ai mal, il répète « Mal maman ». Je ne peux plus faire la causette : j’ai envie de pousser, alors je pousse… mais ça fait tout de même un peu mal… alors je crie… alors Charlie pleure… Entre deux poussées je dis à Rodolphe « Pompiers ! Pompiers ! » (Comme Charlie quand il voit passer un camion de pompier dans la rue) Rodolphe s’exécute : il compose le 112.

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Rodolphe expose clairement la situation au médecin régulateur : il explique que je suis en train d’accoucher mais que je ne suis plus « transportable »
Charlie, blotti dans le bras gauche de son papa est tout apeuré… il pleure pleure pleure…
Le médecin dit qu’ils vont nous envoyer une équipe
- Moi, je pousse, allongée sur le côté et incapable de bouger même si je sais que ce n’est pas la position la plus physiologique pour accoucher.
Rodolphe me dit de ne pas m’inquiéter, que les secours vont arriver.

Là je me dis « Ma p’tite Leni, ce bébé, il faut que tu l’aides à sortir le plus rapidement possible. Il faut qu’il naisse ici, chez nous. Hors de question qu’elle naisse dans le camion des pompiers ou sur le trottoir. » Je sais que je n’ai plus beaucoup de temps… je pousse, je pousse, je pousse… c’est facile… je sens qu’elle avance… je suis fière de moi, je me débrouille comme une chef… toute seule… sans sage femme qui m’aboie dessus… un vrai bonheur.

Charlie, blotti dans le bras gauche de son papa est tout apeuré… il pleure pleure pleure…
Rodolphe donne notre adresse et pense même à leur donner le code de l’interphone qui est en panne.
Charlie, blotti dans le bras gauche de son papa est tout apeuré… il pleure pleure pleure…
Moi, je sens Rosie qui glisse toute seule à l’intérieur… étrange et agréable… Je préviens Rodolphe : « La tête arrive » en fait je n’en suis pas certaine mais c’est pour qu’il percute : j’ai l’impression qu’il n’a pas encore vraiment compris qu'elle arrivait.
Rodolphe vérifie et avertit le médecin : Je vois la tête ! Euh… non… ce n’est pas la tête… c’est… la poche des eaux ????
Charlie, blotti dans le bras gauche de son papa est tout apeuré… il pleure pleure pleure…
Le médecin dit à Rodolphe qu’il n’y a pas grand-chose à faire… « L’accompagner et ne pas tirer » c’est tout.
Charlie n’est plus blotti dans le bras gauche de son papa, n’est plus apeuré et ne pleure plus : mamie crevette est arrivée (ouf ! Elle n’habite vraiment pas loin !) et l’emmène dans une autre pièce, soulagement pour lui.
Rodolphe au médecin : « Est-ce que je peux raccrocher ? »
Moi la question me fait sourire : Il a drôlement bien retenu ses cours de secourisme mon Rodolphe, on se croirait dans un exercice d’entrainement, c’est tellement irréel comme situation…
Rodolphe raccroche.
Rodolphe : « Ca y est, cette fois je vois la tête ! Mais elle est encore dans la poche des eaux. Qu’est-ce que je fais ? »
Moi, dans ma tête : « Ah ! Au secours ! Qu’est-ce qu’il faut faire ??!! On va tous mourir !!! Aaaaah ! »
Moi, à Rodolphe, calmement : « C’est pas grave, ne fais rien »

De toutes façons, pas le temps de tergiverser : la tête sort, la poche des eaux éclate.

Rodolphe : « Elle a le cordon autour du cou ! » 
Moi : « Passe le au-dessus de sa tête ! » (C’est ce qu’il était en train de faire)

Une dernière poussée…

5h40 : Rosie nait dans les mains de son papa. Il me la tend, je la prend.

Elle est d’une couleur étrange… Gris bleuté ou bleu grisé… elle a les yeux fermés… ne pleure pas… ne bouge pas… ne respire pas… Rodolphe : « respire ! Respire ! »……………… les secondes les plus longues de notre vie………………… c’est interminable………………. puis…………………… la tête tournée vers moi, elle ouvre un œil, puis l’autre…

Moi, à Rodolphe : « Elle ouvre les yeux ! »  Soulagement… elle me regarde, me dévisage... elle est tout douce, toute chaude, toute belle, toute propre, même pas fripée : la poche des eaux l’a bien protégée durant tout le voyage... Bonheur, caresse, admiration...

Moi : « Il faut appeler Charlie »

Synchronisation parfaite, il arrive justement dans les bras de mamie crevette… suivi de 4 pompiers, 1 sage-femme, 1 médecin urgentiste du SMUR, et 1 dame du SMUR (on n'a jamais su exactement qui c'était) C’est là que le doux moment s’est arrêté et que les ennuis ont commencé. (A suivre dans l'épisode 3)