Dimanche 20 juin, 5h30.
Je suis allongée sur le côté dans notre lit. Rosie va naitre. Je crie. Rodolphe est debout à côté du lit, au téléphone avec les pompiers, Charlie est dans ses bras, il pleure, il m’entend crier, il a peur, et personne n’est disponible pour expliquer, pour rassurer.

Jeudi 24 juin, 12h30
Rodolphe est parti changer Rosie.
Je suis à table avec Charlie, sur le balcon.
On entend les pleurs de Rosie.
Charlie, du haut de ses 27 mois : « Pleure »
Moi : « Oui, Rosie pleure, elle n’aime pas trop qu’on la change »
Charlie : « Rosie… » (Auparavant, il l’appelait plutôt « bébé »)
Silence
Charlie : « Ventre, maman, y’a plus ! »
Moi : « Non, Rosie n’est plus dans mon ventre »
Charlie : « Sortie ! »
Moi : « Oui. Tu te souviens où on était quand Rosie est sortie de mon ventre ? »
Charlie semble réfléchir mais il ne voit pas vraiment...
Moi : « On était à la maison »
Charlie : « Non ! »
Moi : « Si, souviens toi, on était dans la chambre de papa et maman »
Et là, tout d’un coup, j’ai l’impression que tout revient d’un coup dans sa tête.
Charlie, avec une petite mine pétrifiée : « En haut ! Peur ! »
Je n’ai pas compris tout de suite mais après un petit moment de réflexion :
Moi : « Ah oui, j’étais dans le lit, et toi tu étais dans les bras de papa, en haut, au-dessus de moi. Je criais et tu avais peur. »
Charlie : « Oui… arrête ! »
Moi : « Tu veux que j’arrête de parler de ça ? »
Charlie : « Oui »
Silence
Charlie : « Pompiers, maison »
Moi : « Ensuite les pompiers sont venus à la maison »
Charlie : « Oui »
J’entends Rodolphe revenir avec Rosie
Moi, à Charlie : « Si tu as envie, on en reparle quand tu veux »
Charlie : sourire.

Copie_de_DSC_3078

Charlie, 27 mois, caressant Rosie, 13 jours

Trouver des mots simples, ne pas dramatiser, mettre en mots sans trahir ses pensées, répondre aux interrogations sans aller plus loin que nécessaire, laisser le dialogue ouvert, se souvenir… pas facile.