Voilà, voilà ! Le récit de l'arrivée de Charlie, suite et enfin fin !

Jeudi 27 mars 2008, 9h30

Je suis donc enfin arrivée sur la table d’accouchement. On a baissé la lumière. Le grand voyage pouvait commencer.

Difficile de trouver une position confortable. 2 poussées à 4 pattes… plus de forces pour rester comme ça. 2 poussées sur le côté… pas très efficace et puis je me sens pas bien comme ça.
- Le lieutenant-accoucheur : « Bon, il va falloir trouver une position et pousser pour de vrai là ! Vous voulez vous mettre comment ? »
- Moi, après avoir fouillé dans mon cerveau avec très grande difficulté avant de m’apercevoir qu’il était devenu tout vide et que je ne voyais plus du tout comment je pouvais me mettre, malgré mes très nombreuses lectures sur le sujet : « Euh… j’en sais rien »
- Le lieutenant : « Vous pouvez vous mettre sur le dos »
Je suis furieuse qu’elle ne me propose rien d’autre. Je sais que c’est la pire position pour accoucher, que ce n’est pas ça qui va aider mon bébé Charlie dans son périple, mais mon cerveau est tout ramolli et je n’ai pas envie de gaspiller le peu d’énergie que j’ai encore pour discuter de ça. Je préfère l’utiliser à aider la crevette à sortir de là. Je m’exécute. En fait je vais finir en position semie-assise, c’est pas pire.

Au début les poussées ne sont pas efficaces : je ne pousse pas assez longtemps, et je n’ai pas du tout pigé comment pousser. J’entends le gentil petit monsieur me parler, mais comme le lieutenant parle en même temps que lui et beaucoup plus fort, tout s’embrouille dans ma tête et je ne comprend pas grand-chose (voire rien du tout). Au bout d’un moment j’entends quand même le lieutenant brailler :
« Aller, il faut pousser là, parce que votre bébé commence à fatiguer » Vrai ou pas, maintenant je me le demande, mais sur le moment, mon sang n’a fait qu’un tour. J’étais furieuse contre elle qu’elle me foute la trouille comme ça...  même si c’est vrai, y’a des manières de le dire quand même. Je me suis dis que là il fallait vraiment que je fasse quelque chose. Euh, oui, certes mais quoi ? Mon cerveau s’est un peu remis en marche.
- Moi, à moi-même «Depuis le début le petit monsieur te répète la même chose… il va falloir que tu comprennes quoi, ça doit être utile»
Alors je me suis répété ses paroles dans ma tête. Je les avais entendues, mémorisées, mais pas comprises. « Poussez le plus longtemps possible » « Poussez comme pour faire caca » Les 2 phrases clé. Les 2 phrases magiques qui ont fait naitre Charlie. Simple, court, efficace. Il est top ce sage-homme. J’aurais dut l’écouter dès le début.

Donc j’ai poussé comme pour faire caca, le plus longtemps possible :-) Et là, Charlie a pu commencer son voyage vers la sortie. Le sage-homme me félicitait. Même le lieutenant avait l’air content de moi. Rodolphe était présent, tout près de moi, il parlait peu, et je l’en remercie, j’avais déjà assez de mal à capter les paroles des 2 « sage-personnes » qui étaient là.

Quelques poussées… à chaque poussée les sage-personnes me félicitent. Mais moi je commence à désespérer, j’ai l’impression que ça va encore durer des heures. J’ai l’impression qu’on me félicite pour pas que je me décourage. On me propose de toucher ses cheveux entre 2 poussées. Je touche. Et je dis :
« Non, c’est pas sa tête, c’est tout mou ! » On me dit que si, mais j’ai du mal à y croire.

Nouvelle poussée. Le lieutenant et le sage-homme me gratifient encore de « Oui, c’est ça !» « Super !» « Très bien !» ils commencent à m’énerver, je n’y crois plus. Mais tout d’un coup j’entends Rodolphe, qui jusque là avait été très rassurant mais discret, crier quelque chose du genre « Oh purée ! ». Alors je me dis que là, ça y est, on est proche du but, tout d’un coup je reprend des forces, je suis surmotivée, je pousse de toutes mes forces, il est temps de la rencontrer cette crevette ! Sa tête sort.

Et là gros doute dans ma tête. Tout ce qui va suivre se passe en ¼ de seconde. Je ne suis pas au bout de ma poussée, j’ai fais une pause mais je peux encore pousser. Mais est-ce que je dois le faire ? Je crie « Qu’est-ce que je dois faire ??!! » Pas de réponse. J’ai l’impression que si je relâche, tout va se resserrer et que Charlie va être littéralement étranglé-broyé. Je retente « Qu’est ce que je fais ???!!! » Toujours pas de réponse. Il y a de l’agitation autour de moi mais j’ai l’impression de n’être plus qu’un fantôme, comme si on ne se souciait plus du tout de moi, qu’on ne m’entendait même plus. Re-grand moment de solitude. Alors je prends une décision, parce qu’il faut bien faire quelque chose. Je pousse, je pousse, je pousse (longtemps et comme pour faire caca :-)). Et là soudainement, je me suis retrouvée dans un film comique. J’ai senti Charlie sortir d’un coup, comme un bouchon de champagne (Il a été carrément expulsé à 100 à l’heure selon Rodolphe) et j’entends un gros SPLATCH contre le mur (Quand on sortira de la salle quelques heures plus tard je m’apercevrai que le tour de la table d’accouchement ressemble à une scène de crime : grosses éclaboussures rouges à 3m à la ronde).

En fait, ce que j’ai su plus tard c’est que quand la tête de Charlie est sortie, il avait 2 tours de cordon autour du cou. Donc les sage-personnes devaient couper le cordon au plus vite (dommage, Rodolphe n’a pas pu le faire). C’est pour ça que personne ne m’a répondu quand j’ai demandé quoi faire. Et puis ils n’ont peut-être pas vraiment compris le sens de ma question parce que normalement quand la tête est sortie on s’arrête de pousser… en plus je le savais bien, mais sur le moment, avec mon cerveau tout ramolli, je l’avais oublié. Donc bref, moi j’ai poussé tout le Charlie d’un coup, il a été propulsé à l’extérieur et heureusement, le gentil monsieur a juste eu le temps de l’attraper au vol. Là encore, Rodolphe s’est fait avoir. Normalement c’était lui qui devait sortir Charlie une fois les épaules sorties. Il n’a pas eu le temps. Mais le gentil monsieur lui a tendu. Rodolphe l’a pris pour le poser sur mon ventre. Rodolphe était tout tremblant et a pleurniché un peu. Charlie aussi… enfin, il n’a vraiment pleuré que quelques petites secondes. Dès qu’il a été dans les mains de Rodolphe il s’est arrêté. Drôle d’impression pour Rodolphe : Charlie lui ressemblait tellement qu’il a eu l’impression que c’était lui-même qu’il tenait dans ses bras. Moi quand j’ai eu Charlie près de moi, je lui ai dis « Bien joué, on a réussi ! » Je l’ai gardé un peu, on en a profité un peu, un tout petit peu, pas très longtemps…

La suite a été plus compliquée. Je pensais que le plus dur était passé et que maintenant il ne restait plus que les moments agréables. Erreur. Le placenta ne voulait pas sortir, on a appuyé très fort sur mon ventre, j’avais horriblement mal. J’avais tellement mal que j’en ai oublié Charlie. De toutes façons peu après on l’a mis dans une couveuse près de moi : il s’était trop refroidi et manquait d’oxygène. Et puis j’étais toujours sur le dos, les pieds dans les étriers, et je n’arrivais plus à tenir mes jambes, plus de forces. Mes jambes tremblaient, j’avais mal aux jambes, j’avais mal au ventre. Le placenta est enfin sorti. Malheureusement il en manquait un bout. Donc retour à la case départ. On a appuyé sur mon ventre. Et puis après il a fallu me recoudre, ça a duré indéfiniment. Je n’ai pas arrêté de me plaindre, j’ai traité le gentil monsieur de tortue. J’ai demandé qu’on tienne mes jambes. Rodolphe n’a pu en tenir qu’une, l’autre était trop loin. Le petit monsieur s’est excusé de ne pas s’occuper de l’autre parce qu’il avait les mains prises. Mes jambes tremblaient, j’avais mal mal mal. Quand les points ont enfin été finis, le gentil monsieur a recommencé à me torturer le ventre parce que mon utérus ne se contractait pas. En tout j’ai du souffrir le martyre pendant environ 1h30. Ça a été 1000 fois pire que l’accouchement. Quand tout a été fini, l'inspectrice est arrivée. Moi j'ai dis "Je vous préviens, je ne recommence pas tout pour elle !".

Et puis ils nous ont enfin laissés tranquilles : Charlie, Rodolphe et moi. Rien que tous les trois dans cette grande salle déserte et silencieuse, ENFIN. Première tétée. Premier moment en famille. Notre nouvelle famille.

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